lundi 7 juillet 2008

L’INJEP est en question !

Ce texte est destiné à alimenter la réflexion et a été écrit collectivement en vue de la réunion du 2 Juillet 2008 sur le thème « l’INJEP de demain » à laquelle participent les représentants des personnels.

Il n’y a pas d’avenir pour un pays qui ne se préoccupe pas des générations en devenir. Des enquêtes récentes insistent sur la démoralisation des jeunes français qui ne trouvent pas leur place dans la société française. Il faut assurer aux jeunes des chemins vers la reconnaissance de leurs compétences, de leurs droits, mais aussi de leur existence en tant que citoyens. La disparition de l’INJEP de Marly-le-Roi qui constitue un pôle d’excellence au service des politiques de jeunesse, et de l’éducation populaire, serait un nouveau signe négatif adressé par la société à sa jeunesse, à tous ceux qui oeuvrent en sa direction (services de l’état, collectivités territoriales, fédérations, associations) et à tous les acteurs de l’éducation populaire.

Derrière la rumeur de la vente du site de Marly-le-Roi, ce qui nous inquiète, c’est la remise en cause des missions de l’INJEP dans leur intégralité, et leur diversité alors que c’est cette intégralité et cette diversité qui font sa force. Au nom d’impératifs budgétaires on vendrait le site de l’INJEP basé à Marly-leRoi ! Encore faut-il démontrer que cette vente serait « rentable » pour le budget national puisque c’est de cela qu’il s’agit …

Cet établissement met à la disposition du public un centre de documentation et des publications imprimées et numériques de qualité … S’en séparer ou l’éparpiller conduira à recréer très rapidement une source identifiable sur les questions de jeunesse et de vie associative. Ce serait faire fi de l’appui considérable qu’apporte ce centre de documentation et cette production régulière à la recherche, à sa diffusion, et à la formation comme à l’ensemble des acteurs des politiques de jeunesse qui organisent des manifestations à l’INJEP. Ce serait faire fi du partage et de la circulation des connaissances et des expériences assurés par les nombreux sites de l’INJEP visités par des milliers d’internautes.

Cet établissement public est par ailleurs engagé dans la promotion des TIC (technologies d’information et de communication) auprès des professionnels de jeunesse et du secteur associatif à travers la conception et l’acompagnement de sites internet. N’est-ce pas participer au développement de la société de la connaissance et lutter contre la fracture numérique en ne perdant pas l’objectif pédagogique inscrit dans les missions de l’INJEP ?

Cet établissement public assure des missions de recherche et d’études : il promeut et diffuse les recherches sur les jeunes et les politiques de jeunesse, sur la vie associative et l’éducation populaire ; il produit des recherches et des études qui éclairent les décideurs, les responsables associatifs, les professionnels de jeunesse. Il représente un exemple rare d’articulation entre recherche fondamentale, recherche appliquée et formation, attendue aujourd’hui par l’Etat dans le champ de la recherche Par ailleurs, ces travaux supposent une connaissance des réseaux de recherche aussi bien que des publics de décideurs, des collectivités locales, des associations et des professionnels de la jeunesse. Les confier au privé représenterait des coûts induits importants : appels d’offre, rémunérations des cabinets d’audits, heures passées à acculturer ces cabinets etc….

Cet établissement public propose des sessions de formation, aux agents publics, aux associations, aux collectivités locales, selon un programme, ou à la carte . La qualité des cycles longs, a permis de les faire reconnaître par des Instituts d’Etudes Politiques comme formations de niveau Master sur les problématiques de jeunesse. Ces formations sont nourries des recherches et des études de terrain menées par l’INJEP, et s’appuient sur les ressources documentaires présentes sur le site de l’INJEP à Marly-le-Roi . Pour les réaliser, va-t-on faire appel à des sociétés de formation privées, coûteuses en temps et en ingéniérie ? Ce serait méconnaître les interaction fortes entre acteurs de terrain, formateurs et chercheurs voire ignorer que les chercheurs à l’INJEP font de la formation et que les formateurs et les stagiaires interpellent les chercheurs. De plus, cette proximité de l’INJEP avec les publics et les terrains est un atout irremplaçable dans un projet où recherche et formation sont liées sans que la recherche ne soit pourtant instrumentalisée par la formation.

l’INJEP est aujourd’hui sollicité pour assurer des formations traditionnellement assurées par sa tutelle ministère, elles pourraient fort bien être envisagées comme un pôle de formation autour des questions de jeunesse et de vie associative pour l’ensemble des services de l’Etat. Dans l’ hypothèse d’un éclatement il faudrait également louer des locaux chers et impersonnels pour accueillir les stagiaires et bien sûr sans aucun accès à des ressources documentaires.

Cet établissement accueille des publics diversifiés, de tous âges, d’origines géographiques différentes, stagiaires du ministère , des collectivités territoriales, des fédérations d’éducation populaire ou d’associations nationales, stagiaires européens ou étrangers, … tous ont en commun un fil rouge qui les relie à l’histoire de l’INJEP, l’histoire de la jeunesse et de l’éducation populaire : éducation, démocratie, innovations associatives et culturelles … autant d’éléments essentiels dans ce que devraient favoriser des politiques de jeunesse et qui nourrissent l’éducation populaire. La recherche, les études, la documentation, les formations sont indispensables dans la réflexion, la prise de distance des acteurs . L’éloignement de Paris permet ce recul pour mettre en place les conditions de travail dans l’élaboration de l’intelligence de l’action. Les associations - nos partenaires naturels - devront-elles se réunir dans des hôtels anonymes et être privées des supports pédagogiques ? Sans rencontres porteuses de sens comme elles peuvent les connaître à l’INJEP à la bibliothèque, dans les bureaux, avec les les chargés de mission ou de formation et les chercheurs des différents services ?

L’INJEP a une vocation internationale. Peut-on vraiment prétendre accueillir nos homologues européens et étrangers en nombre, sans un accueil et un hébergement de qualité assuré par des personnels compétents qui revendiquent de contribuer à l’esprit de ces accueils et échanges ? faut-il se priver de la possibilité de saisir « sur le vif » l’articulation entre politiques de jeunesse européennes à l’AFPEJA, et les politiques de jeunesse en France ? Comment donner sens à la mobilité internationale, au dynamisme des échanges avec le Bassin méditerranéen, le Maghreb, l’Afrique, la Corée, le Japon , la Suisse, l’Allemagne , le Québec … sans disposer d’un espace de rencontres qui soit à la fois convivial, susceptible de proposer des ressources documentaires solides, habité par des experts à même de présenter les spécificités françaises en matière de jeunesse et ouverts à la diversité ?

Les missions de l’INJEP au service des jeunes et des associations sont interdépendantes ; elles donnent à l’établissement sa vocation profonde. Une dispersion de l’INJEP de Marly-le-Roi reviendrait à supprimer ce qui en fait sa dynamique et sa cohérence ; il induirait des coûts très importants, inhérents à la dispersion des tâches pour lesquelles seul un projet très exigeant et une cohérence pédagogique, intellectuelle, d’accueil sont à même de donner le sens.

Ce qui devrait être à l’ordre du jour ce n’est pas son démantèlement mais au contraire son renforcement :
• comme lieu exceptionnel d’échange international et national autour des politiques de jeunesse et de vie associative,
• comme centre de ressources pour l’ensemble des acteurs des politiques de jeunesse,
• comme outil de qualification des politiques de jeunesse à la conjonction de la recherche, de la formation et de l’expertise.

« Pour une meilleure connaissance de la jeunesse », est , rappelons-le, l’une des cinq priorités de l’Union européenne en matière de jeunesse. En ce sens l’INJEP de Marly est aussi un outil incomparable. Ne le détruisons pas ! optimisons ses missions ! reconnaissons que l‘Institut s’inscrit dans une dynamique de campus à l’ anglo-saxonne qui combine accueil et hébergement, recherche, formation , publications, ressources documentaires, communication et ouverture à l’international.

1 commentaires:

J. Picot a dit…

Premier commentaire, mais certainement pas la première association qui risque de disparaitre. On est en train de crever la "gueule fermée", les postes de salariés, les actions d'éducation populaire,les publics se meurent à petit feu, chacun essayant de lutter, comme il peut, ou ne pas lutter, ici un collectif d'associations en colères ( après la colère, c'est quoi ...?),chacun dans son coin, pour essayer de sauver ce qu'il reste d'emplois,pour bouffer..., les publics, AH les publics... souvent ils crèvent déjà la dalle, et quand plus rien ne va ils deviennent le faire valoir de ceux qui ne veulent pas mourir de faim à leur tour: Les contrats précaires , vous savez les postes adultes relais, les CDI plein temps, les CDD etc... Après tout ça c'est quand qu'on peut essayer de mener une action nationale d'envergure, pas une fête,on fait la fête pour fêter de bonnes choses, mais pas chacun dans son coin-coin
Alors à bientôt pour l'action...
J. PICOT