Economiste et chargé de recherche à l'INJEP, j'expose dans ce texte mon point de vue sur les principes qui nous permettent de produire à Marly le Roi un maximum de services, au moindre coût.
Ainsi, notre travail d'études et de formation joue un rôle essentiel du point de vue de la cohésion sociale d'un secteur longtemps marqué par le bénévolat, mais qui se professionnalise. Marly le roi est un lieu de rencontres et de débats entre les bénévoles et les professionnels et entre les acteurs de terrain, les cadres de l'animation, les chercheurs et les formateurs. Ces confluences reposent notamment sur la gestion de nos 160 chambres par le service Accueil de l’INJEP. Pour les formations que nous proposons dans notre catalogue ou que nous construisons à la carte, nous y accueillons les fédérations d’éducation populaire et de jeunesse comme l’UFCV, la Ligue de l’enseignement ou les Cémea ou bien les associations liées à l’éducation populaire telles que Vie libre, Les petits débrouillards ou l’Afev . Parfois nous nous contentons de louer nos locaux. C’est dans ces cadres que se côtoient alors salariés et bénévoles des fédérations et associations et le milieu plus institutionnel des agents du ministère, des élus et des fonctionnaires des collectivités territoriales. À chaque fois, ces rencontres nous permettent de diffuser notre production tout en recueillant un matériau précieux, celui des questions qui se posent sur le terrain. L’accueil des stagiaires est donc essentiel : une production qui n’est pas diffusée est perdue, et une production qui ne répond pas aux questions du terrain est inutile.
Économie politique et éducation populaire
La question à résoudre est la suivante. Comment produire au moindre coût les biens et services dont les grandes lignes sont décrites plus haut ? Une partie du problème est de déterminer s’il est opportun d’intégrer, c’est-à-dire de réunir en un seul lieu les différents services de l’INJEP, ou bien s’il faut en externaliser un certain nombre et donc les acheter sur le marché des services. C’est une question d’économie industrielle .
Un premier faisceau de réponses se trouve dans la théorie des coûts de transaction (Coase, Williamson). Elle nous dit que si ces coûts sont trop élevés, les entreprises contractant librement sur le marché finiront par se rassembler pour constituer une firme. De ce point de vue, l’INJEP est une firme. Elle n’est rien d’autre que ce que le marché aurait produit lui-même par l’intégration de plusieurs petites entreprises se rassemblant pour économiser leurs coûts de transaction. Ces derniers, qui se définissent comme les coûts dus au fonctionnement des rapports marchands peuvent être illustré simplement. Qui ne sait pas en effet combien la sous traitance d’un site internet est coûteuse pour un résultat de piètre qualité ? En effet, comme tout support d’information, un site internet ne vaut que par sa réactivité vis à vis de la source réelle d’information. Celle-ci sera d’autant plus forte que le support et la source seront proches, physiquement et surtout en terme de langage, de liens et de pratiques communes. Si nous passons par le marché, les coûts de transaction se multiplient à chaque réunion destinée à faire évoluer le site. Il faut les organiser, en partager les frais et investir du temps pour gommer les assymétries d’information qui sont à l’avantage du prestataire (le commanditaire ignore en partie les coûts réels de la prestation). Le commanditaire doit également prospecter sur un marché de concurrence imparfaite, puis faire respecter les contrats. Aujourd’hui, l’INJEP dispose d’un site performant et réactif, réalisé au moindre coût par notre département chargé de la communication : le JESSIC. Ce dernier et les autres départements élaborent conjointement une stratégie de communication, partagent, et même produisent ensemble, toute l’information qui est à la base de la communication.
Le deuxième ensemble de raisons pour lesquelles divers producteurs intègrent leur activité et créent une firme comme l’INJEP est exposé dans l’économie du bien être. Il s’agit, autour d’A.C. Pigou, d’un courant de pensée libéral qui complète et formalise les intuitions d’A. Smith. Selon Pigou, l’intégration est un moyen d’internaliser des externalités positives, c’est à dire de réintégrer dans le calcul économique des producteurs les effets positifs de leur action qui échappent au système de rétribution du marché : le prix. L’exemple canonique est celui de l’apiculteur et de l’arboriculteur qui ont intérêt à produire côte à côte, pour que l’un bénéficie de la pollénisation réalisée par les insectes, et l’autre de la nourriture qui se trouve sur les fleurs du verger. A l’INJEP, nous avons nos abeilles et nos vergers. Comme cela a été dit plus haut, l’Accueil et l’UREF bénéficient réciproquement d’effets externes positifs. Bien qu’il soit théoriquement possible que chacun produise et vende de son côté en des lieux séparés, l’activité de chacun s’en trouverait diminuée car les deux entités ne bénéficieraient plus d’une partie de la production qui échappe aux services facturables. Il s’agit des informations venant des stagiaires et bénéficiant à l’UREF et celles de l’UREF en direction des stagiaires, lorsque ces informations s’échangent hors des heures de formation ou sans qu’ait lieu un enseignement formel. Pour être plus précis, l’INJEP doit systématiser l’utilisation de ces effets externes entre l’Accueil et les autres services. Ainsi, nous voulons renforcer et institutionnaliser un parcours systématique de rencontres entre les responsables associatifs et les responsables de service dans les cas où nous louons nos locaux sans prestation de service autre que celle de l’Accueil.
Les notions de pôle de compétitivité et de pôle d’excellence, qui sont fort justement au cœur de la politique de l’actuel gouvernement reposent précisément sur ces deux concepts de coûts de transaction et d’externalités. De plus, ils s’appliquent particulièrement à l’économie de la connaissance qui génère de fortes externalités positives et qui entraîne de forts coûts de transaction lorsque l’ensemble des producteurs n’atteint pas un certain niveau d’intégration. L’existence de l’INJEP en tant que firme est donc rationnelle économiquement pour deux raisons essentielles dont une seule suffit à justifier cette structure économique. En premier lieu l’institut est un élément de l’économie de la connaissance et doit donc atteindre une taille suffisante pour internaliser de nombreux effets externes positifs et pour économiser des coûts de transaction. En second lieu, l’INJEP est un lieu où se rassemblent les acteurs hétérogènes d’un même secteur. En travaillant conjointement en un même lieu dont la taille est suffisante, ils bénéficient de nombreuses externalités positives qui seraient autrement dispersées et perdues.
jeudi 10 juillet 2008
L'INJEP et la théorie de la firme
L'idée centrale qui rassemble tous les salariés de l'institut est ce que nous appelons la pensée de l'action. La pensée de l'action nous oblige à lier sans cesse et solidement la recherche fondamentale et la recherche appliquée, puis la recherche et la formation. Notre unité chargée des ressources documentaires et des publications, l’UDIP, fournit un matériau essentiel et unique en France: un vaste fond de livres et revues, vivantes ou éteintes, consacrées à la jeunesse et à l'éducation populaire. C'est elle qui nous permet de publier et surtout de diffuser les résultats de nos travaux les plus appliqués dans les Cahiers de l'action ou encore dans notre collection Colloques, travaux et séminaires. Une de nos dernières études, entièrement réalisée à partir des grandes enquêtes nationales de l'INSEE, c’est-à-dire sans aucun coût supplémentaire pour l'Etat, a été si demandée que nos stocks ont été épuisés en quelques semaines. La raison en est simple. C'est la seule étude qui dresse, à partir d'échantillons représentatifs, le portrait social et économique de la population des animateurs socioculturels. Ceci illustre notre vocation: fournir en toute indépendance et loin des pressions des acteurs l'image la plus juste de notre secteur économique, pour ses salariés et pour les usagers.
Dans notre cycle « Conseil et développement en politiques de jeunesse » , nous proposons une initiation à l’économie politique. C’est une noble tâche car cette discipline est au carrefour de la science et du politique, elle nous guide dans nos choix individuels et collectifs. Ainsi, le cœur de cet enseignement porte sur la meilleure façon, pour les individus, les groupes et les institutions d’agir dans une économie libérale de marché, tout en s’interrogeant sur son fonctionnement. En cela, c’est une mission d’éducation populaire. Mais comme nous refusons que les cordonniers soient les plus mal chaussés, il est opportun d’analyser le rôle économique de l’INJEP à travers les acquis les plus consensuels de l’économie politique.
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1 commentaires:
Argumentaire très interessant
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