La nomination d’un haut commissaire à la jeunesse va-t-elle modifier le paysage des politiques de jeunesse, d’éducation populaire, et le sort de l’INJEP ?
En ce début d’année les dernières informations que nous pouvons collecter sur le sort de l’INJEP et de ses personnels ne sont pas très optimistes.
La fermeture du site de l’INJEP à Marly le Roi (Yvelines), est programmée. Les personnels de l’INJEP seront « accompagnés » dans leur reconversion par une cellule de reclassement créée au sein même du ministère. Mais on se demande quel métier on va leur demander d’exercer.
Les personnels qui s’attachaient à faire fonctionner la restauration, l’hébergement et le parc devraient être transférés aux collectivités territoriales auprès desquelles ils doivent chercher un emploi. Ceux qui sont actuellement logés à l’Institut ne retrouveront pas leur logement : c’est autant de perte de pouvoir d’achat pour des personnels aux salaires souvent très modestes. Et le simple transfert de ces personnels vers la fonction publique territoriale permettra au gouvernement d’annoncer qu’il a réduit le nombre de fonctionnaires d’État !
Sans équipement support l’ « INJEP réduit » ne pourra accueillir ni stages, ni séminaires, ou rencontres, autant de modes de travail qui irriguent la recherche et en font la spécificité .
Les perspectives professionnelles des agents du ministère ne sont pas brillantes : 6 creps vont être eux aussi fermés, d’autres « restructurés », les directions départementales et régionales disparaissent pour être intégrées à des directions « population » ou « cohésion sociale » des préfectures. Les missions pédagogiques et d’accompagnement du secteur associatif et des professionnels de jeunesse sont en voie de disparition. Sans équipement support, l’INJEP « réduit » ne pourra plus accueillir de stages, de séminaires, de rencontres.
Seule devrait perdurer l’activité de quelques chargés de mission, regroupés en un lieu unique avec l’AFPEJA, l’OFAJ, l’OFQJ, la direction de la jeunesse du ministère. Mais il faut donc trouver un lieu à Paris capable de réunir les quelque 230 personnes travaillant dans ces structures. Ce lieu coûtera cher : la solution passe par la décision d’y mettre le moins possible de personnels de l’ancien INJEP, pour gagner quelques millions d’euros, et d’économiser ainsi sur les salaires pour payer le loyer.
Tout cela alors même qu’un audit privé réalisé à la demande du ministère démontre que les fonctions d’accueil et d’hebergement de l’actuel INJEP génèrent des recettes.
À l’heure ou la logique veut que des administrations et des établissements publics quittent la capitale et s’installent en région, que dire du choix de casser un tel outil qui aurait pu être rentabilisé en accueillant justement les structures parisiennes ? Ce n’est pas un choix rationnel : de nombreux usagers témoignent de l’utilité du service rendu, des chercheurs éminents attestent de la qualité des travaux conduits dans un article publié dans le quotidien Libération du 06/01/2009. Ce n’est pas un choix économiquement rentable : ce qui est détruit était moins coûteux à faire fonctionner que le peu qui restera. C’est un choix idéologique qui signifie : « on n’a pas besoin d’éducation populaire et de vie associative en France, on n’a pas besoin de recherche sur les questions de jeunesse, on n’a pas besoin de former les professionnels et des bénévoles sur ces questions,on n’a pas besoin de politique publique de jeunesse ».
Ou alors pire : ce n’est le choix de personne, c’est tout simplement une absence de réflexion et d’analyse.
Sinon comment comprendre que le président de la république casse à l’automne de ce dont il a parlé l’été avec emphase et conviction : « Je crois à l’éducation populaire, je crois au mouvement associatif, la France a besoin d’éducation populaire. Avec Bernard Laporte, on soutiendra l’éducation populaire de façon totale. » Le seul institut national ayant l’éducation populaire dans ses missions est sacrifié.
On le sait, de nombreuses études témoignent de l’inquiétude et du pessimisme des jeunes Français face à leur avenir. Or, on a assisté ces dernières années, à un recul de l’intervention de l’État en matière de jeunesse. C’est tellement vrai que même le Sénat l’a pointé, qui évoque « l’effondrement des crédits alloués à la jeunesse et déplore la baisse généralisée des crédits dans tous les programmes dans lesquels le Gouvernement intervient au titre de sa politique de la jeunesse ». Et de conclure : « Il est clair que cette diminution des crédits ne correspond à aucune vision stratégique – puisque aucun axe fort ou choix particulier n'est assumé – mais est uniquement lié à l'impératif de rigueur budgétaire. » (Avis n° 100 (2008-2009) de MM. Pierre MARTIN et Jean-Jacques LOZACH, fait au nom de la commission des affaires culturelles, déposé le 20 novembre 2008)
Il est connu que, dans les périodes de crise c’est la jeunesse qui est le plus rapidement touchée et précarisée.(cf. : Une onde de choc qui accentue la fracture sociale, Le Monde Economie, édition du 06.01.09). La réaction ne peut que passer par les synergies des interventions de l’État, des collectivités territoriales et des associations. Les missions d’éclairage et de formation des acteurs sont plus que jamais nécessaires, l’INJEP a montré son savoir-faire en ce domaine. Nous ne nous résignons pas à ce recul de l’intervention publique, nous ne souhaitons pas laisser le secteur commercial s’occuper seul des jeunes.
Faut-il espérer que la création d’un haut commissariat à la jeunesse, placé prés du premier ministre permette d’entreprendre une politique jeunesse, associative et d’éducation populaire dotée de moyens ?
La récente déclaration de M.Hirsch « la démarche d’éducation populaire qui irrigue l’ensemble de ce secteur doit être clairement accompagnée par l’Etat…. La politique de la jeunesse et de la vie associative n’est pas une politique exclusive de l’Etat. Elle n’existe qu’au sein d’un partenariat constant en particulier avec la société civile et les collectivités territoriales », renforce les grandes les lignes de nos analyses et nos propositions.
Il n’est pas trop tard pour réfléchir à un projet politique qui s’appuie sur un Institut de la jeunesse et de l’éducation populaire, capable d’impulser des expérimentations dans ce champ.
Il s’agit bien de contribuer à trouver des réponses avec tous les décideurs, les professionnels, les élus, les bénévoles associatifs dans un lieu regroupant la recherche, la diffusion, les échanges.
Annie OBERTI,
Représentante des personnels au Conseil d’Administration de l’INJEP
mardi 20 janvier 2009
Le sort de l'INJEP après la nomination d'un haut commissaire à la jeunesse
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1 commentaires:
Savez-vous ce qu'à donné l'entretien du président du conseil d’administration de l'INJEP avec Martin HIRSCH, le 3 janvier (vu sur le calendrier de M. Hirsch, site du 1er ministre ?).
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